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Lundi 24 février 2014 à SARCUS. Hommage à Julien Lançon fusillé pour l'exemple.


Hommage à Julien Lançon, fusillé pour l’exemple.

Une cérémonie de recueillement a eu lieu lundi 24 février 2014 à SARCUS dans l’Oise sur la tombe de Julien Lançon. Le 22 octobre 1916, Julien Lançon avait été fusillé pour l’exemple avec un autre soldat, le caporal Sylvestre Marchetti et tous deux enterrés dans le cimetière de SARCUS. Les travaux de recherches de Jean-Claude Flament, membre de la Ligue des droits de l’Homme, avaient permis de retrouver la famille de Marchetti. Le corps de Sylvestre repose depuis novembre 2010 dans son village natal d’ISOLACCIO en Haute-Corse.

Les recherches pour retrouver la famille de Julien Lançon se sont avérées plus longues. Enfin des membres sa famille ont pu être contactés.  Ce lundi matin, très émus, ils étaient présents pour lui rendre hommage. Hervé Lançon, cousin de Julien Lançon, raconte dans son intervention la découverte de l’histoire de son défunt parent, restée secret familial. Il annonce que le corps de Julien ira reposer dans son pays natal à Saint Rémy de Provence dans le Vaucluse.
 
La famille de Julien Lançon
 
Cette cérémonie, qui rappelle cette page peu glorieuse de la justice militaire de l’armée française pendant la guerre de 14/18, permet de continuer le combat pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple entamé dès 1915 par la Ligue des droits de l’Homme.
(voir les déclarations de la LDH dans notre rubrique ‘les fusillés pour l’exemple’).
 
Allocution de Jean-Claude Flament :
Dés le début de la guerre la 2ème Division d’Infanterie Coloniale est engagée sur le front belge. Elle couvrira la retraite des Alliés après la défaite de Charleroi. Les hommes connaitront l’enfer dans les combats acharnés du Fortin de Beauséjour et sur les coteaux de la Main de Massiges. En avril 1916 la division rejoindra la Somme en prévision de l’offensive prévue le 1er juillet.
Les coloniaux, les ‘‘marsouins’’, du 8ème RIC seront les seuls à atteindre leurs objectifs le jour de l’offensive. Très en pointe du dispositif ils recevront l’ordre de reculer, de 8Kms. Début août 1916 la 2ème DIC monte à l’assaut de la tranchée de la Maisonnette, à Biaches. Des assauts sans résultat, les fortifications ennemies ne sont pas atteintes par l’artillerie française. Les 8 et 9 août ils travaillent jour et nuit pour reconstituer les tranchées Sophie et du Bois de la vache, à hauteur d’Herbécourt. Les hommes travaillent durement car ils ont obtenu une promesse de repos. Le 10 ils apprennent qu’il n’y aura pas de repos, et qu’ils doivent repartir le jour même sur Biaches.  Le prétexte invoqué est qu’ils connaissent le secteur de Biaches pour y avoir déjà combattu. Un fort mouvement de mécontentement gagne les soldats du 4ème RIC et du 8ème RIC. Environ 200 hommes quittent les tranchées Sophie et du Bois de la vache. Ils laissent sur place les armes et leur bardât et vont se reposer, se baigner, dans le canal de la Somme proche de 3Kms. Certains reviendront très vite d’autres se feront attendre. Le 11, soit avec un jour de retard, les 2 régiments partent sur la Maisonnette. Ils y resteront jusqu’au 20 août. Le secteur ne sera pas pris aux Allemands, là encore les défenses sont intactes.. Ces assauts, sans résultat, feront de nombreuses victimes. Le 22 août la 2ème DIC prendra la direction du Clermontois et du Liancourtois. L’état-major sera installé au château de Verderonne. Des rapports sont demandés aux officiers commandant les 2 régiments impliqués dans ce mouvement. Tous les colonels seront formels. Ils ont des troupes courageuses, il n’y a pas eu d’injures et de voies de faits envers les officiers. Les hommes n’ont réclamé que du repos. Un colonel écrira «  ils sont partis un peu comme des collégiens en ballade ». L’aumônier de la division, le père Lenoir, dira « je n’ai vu là que des enfantillages ». Pourtant 57 hommes vont passer devant un conseil de guerre pour « abandon de poste devant l’ennemi » avec pour certains la mention « n’a pas obéi à la première injonction». Quinze hommes du 8ème RIC et 4 du 4ème RIC seront condamnés à mort. Ils feront appel de la sentence. Les autres écoperont de fortes peines d’années de prison ou de bagne. Sur les 19 condamnés à la peine capitale 17 seront graciés. Le caporal Sylvestre Marchetti et le soldat Julien Lançon furent fusillés le 22 octobre dans la  ‘‘Cavée du Hayon’’, une pâture proche du cimetière de Sarcus.
En 2003 un hebdomadaire titrait « A quand la ‘‘vraie’’ vérité »? Des bruits les plus farfelus ont couru longtemps sur les raisons de ces exécutions. Certains affirmeront qu’ils furent exécutés pour avoir refusé de porter des pantalons souillés par du sang, ou encore que la grâce présidentielle arriva 2 heures après l’exécution, ce qui est totalement inexact. Aujourd’hui le drame vécu par Lançon et Marchetti est connu de tous, et les familles qui ont trop longtemps ignoré les faits viennent se recueillir sur le lieu des sépultures. Mes recherches ont également permis de retrouver la cave où ces hommes furent retenus prisonniers, attendant la mort, ainsi que des graffiti laissé sur les murs.
Ces recherches s’inscrivent dans le devoir de mémoire et le combat pour la réhabilitation que mène  la Ligue des droits de l’Homme.
A voir l’exposition "Fusillés pour l'exemple, les fantômes de la République" à laquelle Gilles Manceron, coresponsable du groupe de travail de la LDH « Mémoire, Histoire, Archives » a collaboré comme conseiller scientifique.
Prolongation jusqu’au 22 mars 2014 à la Salle des Prévôts – Salon des Tapisseries, place de l’Hôtel de Ville, esplanade de la Libération, à Paris 4e.