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20150113

En Picardie




Prise de parole LdH le samedi 10 janvier à Abbeville

Rendre hommage et dire NON ! :
défendons les valeurs de la République !
 
Ils faisaient rire, ils faisaient sourire, ils agaçaient, ils choquaient, ils provoquaient. Leur outil, c’était le crayon ; leurs moyens, c’étaient l’humour, le sarcasme, la dérision, l’autodérision, la vulgarité calculée, la méchanceté assumée, l’humour noir, l’irrévérence qui n’épargne personne. Leur cible, c’était la bêtise, qu’ils préféraient appeler connerie, partout où ils pouvaient la débusquer, de préférence chez les puissants, pour révéler leurs turpitudes.
Féroces, ils l’étaient dans leurs dessins, dans leurs mots, mais, profondément pacifiques, jamais ils n’ont cherché à susciter la violence contre des personnes, jamais bien sûr ils n’ont appelé au meurtre. Ils brocardaient des comportements et respectaient la vie qu’ils n’ont cessé de célébrer joyeusement jusqu’à ce sinistre mercredi.
Hélas, comme le disait récemment Charb, « C’est très difficile de jongler avec le second degré dans un monde où tout est pris au premier ». C’est bien le point commun entre tous les fanatiques de ne pas comprendre le second degré, de ne pas comprendre quand l’outrance cultivée vise à faire réfléchir bien plus qu’à offenser.
Les tueurs ont assassiné des hommes, ils visaient aussi surtout des valeurs qui constituent le fondement de notre contrat social.
Ils ont assassiné des journalistes parce qu’ils ne supportent pas la liberté de penser et d’exprimer des idées, ils ont assassiné des policiers, l’un d’entre eux achevé froidement, parce qu’ils représentaient l’État de Droit.
Au-delà du carnage des douze victimes de mercredi et des quatre d’hier, ils visent à déstabiliser notre République en s’attaquant à ses fondements.
Si l’objectif des fanatiques est de faire peur, c’est raté ! Par les très nombreux rassemblements organisés depuis mercredi, le peuple de France a montré sa détermination à ne pas se laisser intimider, c’est un grand motif de satisfaction dans le malheur qui frappe notre pays. Nous nous réjouissons aussi pour la même raison des initiatives qui visent à ne pas interrompre la publication de Charlie Hebdo. Nous constatons avec satisfaction un vaste mouvement international de solidarité.
Mais l’émotion va retomber et, comme on l’a déjà beaucoup entendu dire, il y aura un après 7 janvier. Le pays ne sera plus tout à fait le même demain et il nous appartient, à nous, citoyens conscients, de dessiner le futur. Il nous appartient d’abord de dire autour de quelles valeurs nous voulons construire l’avenir.
Combattre avec détermination le djihadisme est un devoir et une nécessité, mais nous ne devons à aucun prix renoncer pour autant aux valeurs de la démocratie et de l’État de Droit. Toute mesure législative prise dans la précipitation et sous l’effet de l’émotion risque d’être contre-productive et nuisible à la démocratie.
Nous devons tout particulièrement nous garder du chant pernicieux des sirènes de l’extrême droite qui s’est déjà propagé beaucoup trop largement dans notre pays, et parfois là où on l’attendait le moins : combien de responsables politiques de partis dits républicains ont joué par démagogie avec les peurs, avec les haines ? Combien ont contribué à banaliser les idées mortifères qu’ils prétendent combattre ? Même repeint sommairement en bleu foncé, le parti fédérateur des droites extrêmes n’a rien renié de ses fondamentaux, à commencer par la haine de l’autre, de l’étranger, du différent, du faible dont il prétend se faire le porte-parole pour mieux le berner. Il utilise les mots de la démocratie pour les détourner de leur sens : s’il chante les louanges du suffrage universel, c’est parce qu’il espère utiliser ce moyen pour prendre le pouvoir, s’il se réfère à la laïcité, c’est pour mieux stigmatiser la population d’origine musulmane. Ne nous laissons pas prendre à ce piège !
Ne nous trompons pas d’ennemis : parmi nos concitoyens d’origine ou de culture musulmane, beaucoup ne sont ni croyants ni pratiquants et, parmi les pratiquants, la grande majorité ne ressent pas d’incompatibilité fondamentale entre sa foi et les valeurs républicaines.  Les fondamentalistes constituent une minorité et dans cette minorité, les activistes actifs ou potentiels sont à leur tour très minoritaires. Minoritaires, mais très dangereux ; ce sont eux qui doivent être affrontés avec vigueur.
Ne nous trompons pas non plus de moyens : comme chaque fois qu’un drame sanglant alarme l’opinion publique, des voix s’élèvent pour réclamer plus de répression, plus de surveillance, plus de contrôle. Le chemin est souvent étroit entre la nécessité d’assurer au mieux la sécurité des citoyens et la préservation des libertés fondamentales, mais c’est bien dans ce sens qu’il faut agir, en ne perdant pas de vue que chaque fois qu’un état démocratique restreint les libertés publiques au nom de la lutte contre les terroristes, c’est une victoire pour le terrorisme.
Nous devons aussi dénoncer la tentation de désigner comme terrorisme tout ce qui dérange l’ordre établi et s’écarte quelque peu du cadre strict de la loi : n’avons-nous pas entendu parler de terrorisme à propos d’actions militantes qui, pour sortir du cadre de l’action légale, n’ont rien à voir avec un fanatisme aveugle et meurtrier. Non, démonter une installation que l’on juge néfaste ou occuper une zone que l’on estime devoir sauvegarder, ce n’est pas du terrorisme ! On a le droit de réprouver ces actions, mais pas de les confondre avec des pratiques barbares.
Le comble de la perversion politique semble atteint lorsqu’on entend, après le drame de mercredi, demander le rétablissement de la peine de mort : qu’auraient dessiné à ce propos Charb et ses amis ? qu’en pensent les survivants, eux qui n’ont eu de cesse de ridiculiser toute demande allant dans ce sens, adoptant depuis toujours une position abolitionniste sans ambiguïté ? Je ne résiste pas à la tentation d’apporter un peu d’humour en hommage aux humoristes victimes de ce mercredi sanglant et de décrire ce dessin de Willem paru en 2007 dans Charlie : on y voit le chef bien connu de l’extrême droite installé devant un pupitre éructer ses formules habituelles devant quelques-uns de ses partisans « préférence nationale », « peine de mort » et les autres de répondre : « compris, chef, la peine de mort réservée aux français ».
 
Face à l’adversité, la République doit garder son sang-froid !
Nous devons réaffirmer les valeurs qui l’ont construite au cours des siècles, à commencer par la laïcité, dans l’esprit des concepteurs de la loi de 1905 qui a fait ses preuves : l’État ne reconnait aucun culte en particulier, mais il doit garantir la liberté de croire et de pratiquer une religion, il doit garantir aussi la liberté de ne pas avoir de religion et il doit préserver l’ensemble des citoyens contre la tentation des religions d’imposer à tous des valeurs ou des règles de vie. La laïcité n'est pas un sectarisme figé, elle suppose au contraire une recherche permanente de règles de vie collective destinées à assurer la liberté de conscience et d'expression de chacun. Elle vise à nous permettre de vivre en paix malgré nos différences.
La liberté de conscience et d’expression a été conquise très progressivement, parfois de haute lutte au cours des temps modernes. Comme encore aujourd’hui dans trop de contrées, le blasphème a été puni de mort en France jusqu’en 1666, date à laquelle Louis XIV a ordonné de mettre fin à cette sentence ; c’est pourtant sous ce chef d’inculpation que, en 1766, le Chevalier la Barre a été torturé puis décapité et brûlé sur la place même où nous nous trouvons aujourd’hui. Il va de soi qu’une république laïque ne saurait considérer comme un délit le blasphème, qui est un concept religieux. C’est hélas ce prétendu crime qui a valu la mort des dessinateurs dont nous honorons la mémoire par ce rassemblement.
La liberté de conscience n’est rien sans la liberté d’expression et la liberté de la presse en est le pilier. C’est ce pilier qu’il convient aujourd’hui de préserver et de renforcer en promouvant une presse libre, indépendante des puissances d’argent. La loi française ne fixe comme limite à la liberté d’expression que la diffamation, l’interdiction d’inciter à la haine ou d’appeler au meurtre, ce qui nous semble la moindre des choses. Persuadons les journalistes qui pourraient être intimidés que, pour reprendre le slogan d’un journal satirique bien connu, « La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas ».
La liberté d’expression, c’est aussi la liberté des artistes. On a vu ces dernières années des œuvres détruites, des pièces de théâtre perturbées, des expositions fermées sous la pression de groupes intégristes liés à l’extrême droite. C’est inacceptable et nous devons redoubler de vigilance : pour être moins radicalement violents que les islamistes, ces fanatiques n’en relèvent pas moins, au fond, d’une idéologie analogue car ils veulent imposer à tous les principes liés à leur vision théocratique du monde.
Nous devons aujourd’hui faire face à une situation complexe, confuse et très tendue. Le chantier de la construction démocratique est vaste et semé de pièges. Nous devons redonner sa dignité à un débat public trop souvent enlisé dans des manœuvres tactiques et des rivalités de personnes, nous devons garder la tête froide et nous rassembler, nous, citoyens français, démocrates de sensibilités différentes, de confessions diverses, d’origines variées, pour faire vivre notre République et redonner tout leur sens aux trois mots qui constituent sa devise :
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ !
 

Prise de parole LdH le samedi 10 janvier à Beauvais

Mercredi en s’attaquant à la rédaction de Charlie Hebdo, l’intégrisme a assassiné le rire, l’inventivité, la joie de vivre et la liberté. Liberté de penser, liberté fondamentale des citoyens, et liberté de dire, avec tout ce que cela suppose de transgression, d’impertinence et d’insolence, et l’hebdomadaire n’en manquait pas, qui avec l’Egalité et la Fraternité sont les piliers fondateurs de notre République.
Nous avons marché cet après midi , comme nous le ferons demain, pour rendre hommage à toutes les victimes de la tuerie de Charlie Hebdo (dessinateurs, policiers, correcteur, agent d’entretien), pour honorer les quatre  personnes tuées lors de l’attentat antisémite contre un magasin casher de la porte de Vincennes, pour rejeter cette barbarie et réaffirmer notre attachement aux valeurs républicaines dont la liberté d’expression et à ce propos je voudrais vous lire un texte d’un autre  journaliste, d’un  homme politique, d’un philosophe, d’un artisan de la laïcité, celle qui accueille sans exclure, d’une figure emblématique de notre histoire, je veux parler de Jean Jaurès. C’est un extrait de l’éditorial du premier numéro de l’Humanité du 18 avril 1904 dans lequel Jaurès synthétise ce qui est l’essence même de l’information libre et de l’éducation politique du citoyen.
« C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde. La grande cause socialiste et prolétarienne n’a besoin ni du mensonge, ni du demi-mensonge, ni des informations tendancieuses, ni des nouvelles forcées ou tronquées, ni des procédé obliques et calomnieux. Elle n’a besoin ni qu’on diminue ou rabaisse injustement les adversaires, ni qu’on mutile les faits. Il n’y a que les classes décadentes qui ont peur de toute la vérité …Ce souci constant et scrupuleux de la vérité même dans les plus âpres batailles, n’émousse pas la vigueur du combat ; il donne au contraire aux coups portés contre le préjugé, l’injustice et le mensonge une force décisive ».
De toute évidence ces propos aux yeux des fanatiques de tout bord sont irrecevables car ils se réfèrent au respect de l’autre, à la tolérance, à l’intelligence et à la raison mais sachons nous en souvenir car les idées qu’ils véhiculent sont malmenées dans la période chaotique que nous vivons où la cohésion de notre pays a éclaté et dans laquelle chacun et chacune à bien du mal à se retrouver. C’est en se rassemblant autour d’elles pour réaffirmer haut et fort notre rejet de tout fanatisme, de toute exclusion et notre attachement à la démocratie que nous ferons vivre et renforceront une République effective pour tous.          

* * *
 
Communiqué LdH Picardie, vendredi 9 janvier 2015
 
Plusieurs rassemblements ont déjà eu lieu en Picardie pour rendre hommage aux victimes de la tuerie dans les locaux de Charlie Heddo  et  pour condamner avec la plus grande force cette barbarie.
C’est la liberté de la presse qui est ciblée, un des fondements de notre démocratie, un  des piliers de  notre République.
La mobilisation continue et la LDH Picardie appelle les organisations syndicales et politiques, les associations et tous ceux et toutes celles, qui sont attachés à cet idéal de se joindre à nous (voir les lieux de rencontres ci-dessous) sans mot d’ordre ni slogan, sans banderole ni bannière.
Avec, si vous le pouvez, le badge
 « Je suis Charlie »
 
Juste pour être ensemble !

à
 
LAON
Mercredi 14 janvier à 12 h
Rassemblement Place des droits de l'Homme
suivi d'une marche silencieuse

ABBEVILLE
Samedi 10 janvier à 15h devant l'Hôtel de Ville
(venir avec des UNES de Charlie Hebdo
ou tout autre symbole d'attachement à la liberté de la presse)

AMIENS
 Samedi 10 janvier à 15 h
Marche des crayons
Place René Gobelet
 
BEAUVAIS
Samedi 10 janvier à 15 h 30
Marche au départ de l’Hôtel de Ville
 
CHATEAU-THIERRY
Marche républicaine
Samedi 10 janvier à 9 h 30
Place Paul Doumer.
 
LAON
Vendredi 9 janvier à 12 h
Place des Droits de l’Homme

SOISSONS
Dimanche 11 janvier à 15 h
Place de l'Hôtel de Ville
Marche silencieuse

TERGNIER
Dimanche 11 janvier à 15 h
Place de la Mairie
rassemblement

VILLERS-COTTERET
Dimanche 11 janvier à 11 h
Parking de la salle M-L Labouret. Pisseleux
Marche citoyenne silencieuse.

 
 
Les autres points de rassemblements :