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20150618

Relaxe pour les 9 de la Conf ' !


Tribune publiée sur MEDIAPART
Le 17 juin 2015
 
Relaxe pour les 9 de la Conf ' !
 
Le 17 juin, neuf militants de la Confédération paysanne doivent comparaître devant la cour d’appel d’Amiens suite aux actions menées sur le site de l’usine des 1 000 vaches, en Picardie. Poursuivre et condamner pénalement de tels actes, c'est mettre en cause la liberté d’action syndicale et le droit à la contestation politique. Dans ce cadre, l’Union syndicale Solidaires, la Ligue des droits de l'Homme, la Confédération générale du travail, la Fédération syndicale unitaire et le Syndicat de la magistrature demandent la relaxe !
 
Collectivement, la Confédération paysanne a pris la responsabilité d’agir là où les pouvoirs publics laissent s’installer des fermes-usines qui condamnent les paysans à disparaître. Sous prétexte de compétitivité, le lait devient ici un sous-produit du lisier transformé en énergie dans le méthaniseur accolé à l’usine. Et puisqu’il ne vaut rien, il est bradé, et cette concurrence fait chuter les prix du marché bien en deçà des coûts de production des éleveurs. De toute manière, l’industrialisation se passe des paysans et de leurs savoir-faire… A cela s’ajoutent les conséquences sanitaires avec une mortalité du bétail bien supérieure à la moyenne, et environnementales avec une énorme concentration de rejets à quelques encablures de la baie de Somme, le tout allègrement financé par les subventions publiques.
 
Ces paysans ont pris sur eux de dénoncer cette situation ; d'agir dans l'intérêt général, sans violence, en légitime défense contre ce qui les condamne, en légitime citoyenneté pour défendre le droit de chacune et chacun à bénéficier d'une alimentation saine et d'un environnement préservé, dans des territoires vivants.
 
Mais pour quelques pièces démontées sur des machines et un tag géant, ils risquent aujourd’hui plus de 250 000 euros de dommages et intérêts, au titre du manque à gagner, et sont menacés de peines d’emprisonnement… A cela s’ajoutent des poursuites pour refus de prélèvement ADN… La justice accepte donc de transformer une mobilisation citoyenne en vandalisme et veut soumettre des militants syndicaux au fichage systématique auquel seule la délinquance financière échappe !
 
Quel aveu d'impuissance ! Interpellés sur le terrain politique sur des enjeux fondamentaux touchant à l'environnement, à la vie des territoires, à l'alimentation et à l'agriculture que nous voulons, les pouvoirs publics ne peuvent pas répondre que par la répression pénale.
 
Répression sur les Zad, interdiction de manifestations, arrestations en série ; rien de cela ne constitue une réponse acceptable vis-à-vis de ceux qui n’ont d'autre objectif que de continuer à exister, de vivre dignement de leur métier, de défendre leur environnement. Face à la toute-puissance du libéralisme, aux tentatives de criminalisation du mouvement social à coups d'interdictions administratives et de condamnations judiciaires, nous disons : c’est assez. La pénalisation de ceux qui s'expriment et contestent ne fera disparaître ni les sujets de débats ni les motifs de contestation.
 
A six mois d’une conférence internationale pour le climat dont la France ne cesse de vanter l’importance, la pénalisation de militants syndicaux mobilisés pour la défense de l’environnement est en soi hautement problématique. C’est nier le rôle essentiel du monde paysan, cultiver le déni face aux mouvements de mobilisation qui, dans leur diversité, plaident pour d’autres approches de la consommation, d’autres modes de production qu’une industrialisation à tout va, et sont attentifs à ce que la justice ne cautionne pas l’acharnement et l’arrogance de groupes industriels.
 
C’est pourquoi nous demandons la relaxe des neuf militants de la Confédération paysanne. Nous le demandons en défense de ce droit inaliénable qu’est la liberté d'expression de la contestation ; en défense de ce droit inaliénable à prendre des mesures contre ce qui nous menace ; pour préserver notre capacité collective à débattre des innombrables façons de construire et préserver l’avenir.
 
Relaxe, donc ! Relaxe pour les neuf militants de la Confédération paysanne. Au nom de la justice des hommes, de l’avenir de toutes et tous, au nom des générations futures.
 
Les signataires :
 
Eric Beynel, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires
Françoise Dumont, présidente de la Ligue des droits de l’Homme (LDH)
Bernadette Groison, secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire (FSU)
Philippe Martinez, secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT)
Françoise Martres, présidente du Syndicat de la magistrature (SM)

 
Le soutien du comité régional LdH de Picardie


Ferme des 1000 vaches :
les nombreuses atteintes
aux droits fondamentaux et aux libertés publiques
la répression brutale
de l’action syndicale et du mouvement social.
 
Il est inacceptable que des syndicalistes, dans le cadre d’actions syndicales symboliques et non-violentes, en simples lanceurs d’alerte, soient traités comme des délinquants (Arrestation musclée en pleine gare d’Amiens, gardes à vue de 48h, enquête et peines disproportionnées, etc.), tout comme est inacceptable la disproportion des dispositifs policiers déployés lors des manifestations d’opposants.
 
Opacité des conditions de création de la ferme-usine de Drucat.
 
Conditions douteuses d’obtention des autorisations administratives, traitement expéditif des recours en Justice, opacité du montage financier (projet privé financé en grande partie sur fonds publics)… Dès l’origine, la conduite de ce projet laisse craindre que le droit ne s’applique pas de la même façon pour tout le monde...
 
Et le débat démocratique dans tout ça ?
 
La LDH déplore que les pouvoirs publics aient choisi de répondre à la contestation par le mépris, la répression et la pénalisation, écartant de fait toute possibilité de débat démocratique sur un projet qui matérialise une orientation de l’élevage laitier national vers le modèle intensif. Encourager le développement de ce type de ferme-usine revient à priver de toute alternative ceux et celles qui choisissent de consommer et de produire autrement.
 
Droit de chacun à un cadre de vie respectueux de la santé ...

La ferme de Drucat repose sur un modèle d’agriculture et d’élevage intensifs, en contradiction avec l’article 1er de la Charte de l’Environnement de 2004, à valeur constitutionnelle, qui stipule : « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. »
 
Pour toutes ces raisons ... 
La LDH soutient ces hommes et ces femmes qui sont mobilisés au nom de l’intérêt général pour créer les conditions d’un débat public et qui s’opposent à des choix politico-industriels pris au profit d’intérêts particuliers, au mépris des droits des paysans et des citoyens.