Bienvenue sur le site du Comité Régional de Picardie de la Ligue des droits de l'Homme.

20151217

Section LdH Beauvais
Le 17 décembre 2015
 
Retour du débat à partir de la projection du film de Laszlo Nemes
 
Le Fils de Saul
 
Lundi 14 décembre 2015, au cinéma Agnès Varda de Beauvais :
 
Plusieurs dizaines de spectateurs se sont déplacés (parfois de Clermont, Nogent/Oise ou Chaumont-en-Vexin) pour voir le Grand Prix du Festival de Cannes 2015 qui met en scène la condition des sonderkommandos d'Auschwitz à l'automne 1944 à la veille de la révolte du 27 Octobre.
Françoise Leclère-Rosenzweig évoque ce contexte après avoir brièvement rappelé les étapes qui conduisent au génocide des juifs d'Europe.
Après le film qui produit une intense émotion, la discussion s'engage sur les choix de mise en scène, ainsi que sur la puissance de suggestion des images et de la bande son. Plusieurs personnes prennent la parole à ce propos . Françoise Rosenzweig retrace l'extermination des juifs de Hongrie dont il est également question dans le film ; d'autres films sont évoqués et le débat porte alors sur le rôle et le pouvoir du cinéma en tant qu'expression artistique. Si pour certains, Le Fils de Saül n'offre pas l'ample vision de Shoah de Lanzmann, pour d'autres c'est un film nécessaire parce qu'il confronte presque physiquement les spectateur avec un crime contre l'humanité tout entière mené avec les moyens de notre ère industrielle.
Cette soirée a aussi permis de rappeler que ce crime contre l'humanité a son origine dans le racisme et la xénophobie.
La section locale de la Ligue des Droits de l'Homme et les membres beauvaisiens de l'Association pour le Concours National de la Résistance et la Déportation disposaient de stands à la sortie de la salle,dans le puits de lumière où des discussions se sont poursuivies.
On peut regretter qu'une soirée – débat de cette qualité n'ait pas rassemblé un plus large public ; sans doute son annonce a – t- elle été éclipsée par la soirée électorale du second tour des Régionales de la veille , et par l'abondance d'événements prévus localement ce 14 décembre.
Michel Le Drogo, membre de la LdH
 
*la situation politique et gouvernementale actuelle en Hongrie (où le film de Lazlo Nemes a néanmoins trouvé son financement, alors qu'il ne l'avait pas trouvé en France) a été également évoquée : réhabilitation du régent Horthy (au pouvoir de 1920 à1944) par Viktor Orban, le même qui rejette les réfugiés du Moyen-Orient.
 
Un professeur d'Histoire de Beauvais, qui a participé au débat, nous écrit :
 
[ Depuis la projection, j'ai même lu ceci de Joelle Stolz (Le Monde daté du 16 décembre) :
«La ville de Székesfehérvár, dans l’ouest du pays – région natale du premier ministre, Viktor Orban –, s’apprête ainsi à ériger, le 29 décembre, une statue à Balint Homan (1885-1951), à l’occasion du 130e anniversaire de sa naissance. Condamné après la seconde guerre mondiale et mort en prison, ce médiéviste fut ministre des cultes et de l’instruction publique dans trois gouvernements sous le régent Miklos Horthy, au pouvoir de 1920 à 1944. Mais il est surtout resté dans l’Histoire comme un intellectuel acharné à persécuter les juifs. L’inauguration prochaine d’une statue en son honneur a suscité les protestations du consistoire israélite hongrois, comme du Congrès juif mondial. La Société des gens de lettres en Hongrie (« Szépirok Tarsasaga ») s’est elle aussi indignée que la statue d’Homan, approuvée au conseil municipal de Székesfehérvár par les élus du Fidesz, la droite nationaliste de M. Orban, ainsi que ceux du Jobbik, le parti d’extrême droite qui a obtenu 20,5 % des voix aux législatives de 2014, soit placée « sur un terrain appartenant à l’Etat », et soit « financée par une subvention du gouvernement de 15 millions de forints [48 000 euros], et de 2 millions de forints par le conseil municipal ». Balint Homan avait conseillé en son temps au premier ministre Pal Teleki« d’accepter les idées raciales d’Hitler et de Mussolini », et de durcir les lois antisémites, adoptées sous Horthy dès 1920, qui lui semblaient trop laxistes. « Nous devons réaliser que même les juifs exemptés [les invalides de guerre et certains anciens combattants], ou des personnes d’origine juive ou ayant une parenté juive, doivent être considérés comme ennemis du gouvernement en place », avait-il argumenté. Un pas décisif a été franchi lorsque, en mai 1939, la loi hongroise a redéfini la judéité non plus comme une appartenance religieuse, mais comme une donnée raciale « sur le modèle allemand », rappelle l’historienne Catherine Horel dans sa biographie L’Amiral Horthy (Perrin, 2014). Déchiré entre les exigences de Berlin et son refus d’attaquer la Yougoslavie, Pal Teleki s’est suicidé en avril 1941. Homan a, quant à lui, encouragé la déportation des juifs hongrois, qui furent près d’un demi-million à perdre la vie, et s’est opposé à toute négociation avec les Alliés. Il est resté député même après le coup d’Etat des Croix fléchées, le mouvement pronazi de Ferenc Szalasi, à qui il proposait encore « d’unifier la droite » en pleine débâcle du IIIe Reich.
 
Comment expliquer sa réhabilitation aujourd’hui ? La première étape a été, en mars 2015, l’annulation par un tribunal de Budapest du jugement prononcé en 1946 par un « tribunal populaire » communiste, qui avait condamné l’ancien ministre à la prison à vie pour crimes de guerre. Saisis par l’institut d’histoire Veritas, une officine partisane créée par le gouvernement Orban, les magistrats ont estimé que la responsabilité de Balint Homan dans l’entrée en guerre de la Hongrie contre l’Union soviétique en 1941 – le principal chef d’accusation contre lui – n’était pas établie. Deux mois plus tard, en mai, le conseil municipal de Székesfehérvár donnait son feu vert à la statue. Des membres de l’actuel gouvernement hongrois ont bien exprimé leur malaise, à titre individuel, à l’égard de cette initiative, mais la cérémonie est toujours prévue fin décembre.
 
Ce nouvel épisode annihile les efforts du gouvernement Orban pour reconnaître le rôle actif de l’Etat hongrois dans les déportations vers les camps de la mort : il avait notamment accueilli, en mai 2013, la réunion du Congrès juif mondial à Budapest, puis, six mois plus tard, une importante conférence sur l’antisémitisme. L’année 2014 a en revanche été marquée par des polémiques au sujet d’un monument contre l’occupation allemande, qui a été inauguré en catimini sur la Place de la Liberté, au centre de la capitale, ou encore par le projet avorté d’une « Maison des Destins », à Budapest, censée commémorer les souffrances des juifs hongrois et l’héroïsme des « justes » qui les ont aidés. Le chef de cabinet d’Orban, Janos Lazar, s’était alors employé à apaiser les organisations juives, très critiques de ces initiatives, qui à leurs yeux évacuaient la question de la responsabilité historique du régime Horthy. La statue érigée maintenant à Balint Homan ne devrait pas détendre beaucoup l’atmosphère - ni améliorer l’image de la Hongrie.» ]