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Information LdH
Le 12 décembre 2016

Elections :
avis de tempête sur les droits et les libertés

L’éditorial de Françoise DUMONT, présidente de la LDH

Aux Etats-Unis, l’ineffable Donald Trump constitue son cabinet en prévision de sa prise de fonction en janvier prochain. Peu de surprises dans ce qu’il convient d’appeler un véritable « cabinet des horreurs ». Parmi eux, Stephen Bannon, directeur du site extrémiste « Breitbart », propulsé conseiller stratégique. A la Justice, le sénateur Jeff Sessions, celui-là même qui, en 1986, avait accusé un avocat blanc de « faire honte à sa race » pour avoir défendu un client noir. A la Sécurité nationale, l’ancien général Michael Flynn, qui avait fait parler de lui en 2015 pour avoir partagé, sans être mandaté, un dîner avec Vladimir Poutine. On ne connaît pas encore le nom du futur ministre de l’Education mais compte tenu du combat du vice-président, le créationniste Mike Pence, pour que la théorie du « dessein intelligent » soit enseignée dans les écoles publiques, on peut s’attendre au pire. On ne sait pas non plus si Donald Trump compte mettre en place quelque chose qui ressemblerait à un « petit » secrétariat d’Etat au droit des femmes, un petit strapontin de rien du tout, mais c’est sans doute trop lui demander…

En France, la droite vient d’élire son champion en donnant une large victoire à François Fillon dont le programme est un véritable condensé d’ultralibéralisme, d’anti-écologisme et de conservatisme catholique. Incontestablement, l’ancien « collaborateur » de Nicolas Sarkozy a bénéficié d’une droitisation d’un électorat sensible aux revendications identitaires et à une demande de fermeture nationale. Il a aussi pu compter sur le soutien de Sens commun, cette formation de neuf mille militants très actifs sur le terrain grâce à Internet, issus des manifestations contre la loi Taubira, et qui ont trouvé avec la candidature de François Fillon un débouché politique à leurs aspirations. Le poids pris par le vote des catholiques a d’ailleurs poussé les deux candidats de droite vers une pitoyable course à l’onction pontificale, chacun des deux ayant soigneusement occulté les déclarations du pape en faveur de l’accueil des migrants ou contre le caractère injuste du système économique mondial. Sur le plan social, le programme de François Fillon vise à éradiquer ce qu’il reste de l’Etat social, et son admiration pour Margaret Thatcher ne laisse planer aucun doute quant à sa volonté d’entraîner la France dans une des pires « révolutions » conservatrices.

Sur le plan des libertés, les mesures envisagées par François Fillon vont toutes dans le même sens : durcissement de la politique pénale, construction de seize mille nouvelles places de prison, déchéance de nationalité pour les Français partis combattre à l’étranger, remplacement des policiers par des sociétés privées pour certaines missions… A cela vient s’ajouter l’annonce d’une éventuelle contestation des règles de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), institution chargée de veiller au respect, par les pays signataires, de la Convention européenne des droits de l’Homme, « pour qu’elle ne puisse pas intervenir sur des sujets essentiels ou fondamentaux pour les sociétés ». Au cas où nos partenaires européens refuseraient d’accepter cette réforme, François Fillon propose tout simplement que nous sortions de la CEDH. Tout cela sera peut-être remodelé lorsqu’il s’agira de proposer un programme pour les élections présidentielles elles-mêmes. Il n’empêche que d’ores et déjà se dessine un projet renforçant encore les inégalités, mettant à mal les libertés et la solidarité, un projet qui s’appuie sur l’effondrement de la gauche et donne des ailes à une droite revancharde.

C’est bien parce que nous pensons qu’il reste dans ce pays des élu-e-s et des citoyen-ne-s qui ne veulent pas renoncer à accueillir dignement ceux qui fuient la guerre, la famine ou les dictatures que nous avons lancé l’appel « Je soutiens l’accueil des migrantes et des migrants » (1). Avec cette initiative, nous avons voulu contrecarrer tout un discours tenu par l’extrême droite et la droite extrême qui tend à faire croire que, majoritairement, la population française rejette les migrants. Heureusement, c’est loin d’être le cas, et ce qui se passe dans la vallée de la Roya en témoigne. Celles et ceux qui, dans cette région, font l’objet d’inadmissibles poursuites relevant d’ « un délit de solidarité » – en principe supprimé –, montrent que la xénophobie et l’inhumanité n’ont pas encore gagné la partie. Cet Appel est maintenant ouvert à toutes et à tous, et il appartient à chacun-e d’entre nous d’en assurer le succès.